Le fonds régional Breizh Invest PME, basé à Saint-Jacques-de-la-Lande (35), intervient en fonds propres et quasi-fonds propres dans les entreprises bretonnes. Cet investisseur minoritaire, avec un capital de 13,5 millions d’euros et 31 participations à son actif, s’impose comme un acteur incontournable pour les établissements qui cherchent à grandir. Pierre-Étienne Petoin, directeur exécutif, détaille les investissements possibles.

Breizh Invest PME est un investisseur majeur depuis 25 ans. À quelle hauteur moyenne participez-vous au capital des entreprises que vous accompagnez ?
Nous prenons généralement entre 10 et 13 % du capital. L’idée est d’accompagner les dirigeants dans leurs projets de transmission ou de développement, mais jamais d’être majoritaires. Nous intervenons sur des tickets qui peuvent aller de 100 000 à 500 000 euros lors d’un premier tour, en capital et en obligations convertibles, seuls ou en co-investissement avec des partenaires financiers.
Le secteur du CHR (Café, Hôtel et Restaurants) représente-t-il une part importante de votre portefeuille ?
Honnêtement, nous ne sommes pas suffisamment sollicités par le CHR. Le secteur est très polarisé. D’un côté, vous avez les petits indépendants, pour qui nos tickets ne sont pas adaptés. De l’autre, les grands groupes pour qui 500 000 euros, c’est une goutte d’eau. Nous ciblons plutôt les acteurs du « milieu » : les groupes de restauration et surtout les groupes d’hôtellerie qui veulent faire grandir leur activité. Nous privilégions notamment les parties exploitation et industrielle, et dans l’hôtellerie, les groupes de plein air.
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Malgré tout, vous avez accompagné des acteurs comme La Dilettante, une brasserie artisanale du Morbihan, ou encore Ma Kibell, une marque de cosmétiques bretons. Quel est le dénominateur commun de ces investissements ?
C’est le positionnement. Nous nous autorisons à financer un acteur du CHR – ou du B2B2C de manière générale – s’il a un positionnement typique, clairement identifiable et original. La Dilettante, avec ses bières artisanales, c’est exactement ce que nous recherchons : une identité forte et une proposition de valeur qui se démarque.
Le CHR fait face à une double pression : hausse des coûts de l’énergie et baisse du pouvoir d’achat qui poussent certains établissements à monter en gamme. Comment arbitrez-vous vos dossiers dans ce contexte sous tension ?
Nous regardons avant tout la capacité à mener à bien un projet et le positionnement sur le marché. Un mauvais positionnement pourrait amener l’entreprise à se faire doubler par la concurrence. Dans le contexte actuel, ce qui compte, c’est d’avoir des clients à notre écoute et qui sont capables de s’adapter.
On observe une concentration du secteur hôtelier. Est-ce difficile pour une PME de rester compétitive sans l’appui d’un fonds comme le vôtre ?
Oui, il y a un phénomène de concentration dans le secteur de l’hôtellerie. Ne serait-ce que pour la mutualisation des fonctions support et les groupements d’achats. C’est là que nous intervenons : nous accompagnons les acteurs qui veulent grossir, qui ont un projet de croissance externe ou qui souhaitent structurer leur développement.
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Votre aide peut atteindre jusqu’à 500 000 euros. Est-ce suffisant pour un acteur qui fait face au coût grandissant de l’immobilier et à des mises aux normes qui peuvent être contraignantes ?
Pour un groupe qui détient deux ou trois hôtels, c’est suffisant. En revanche, pour un grand groupe, effectivement, ce n’est pas utile.
Comment articulez-vous votre apport entre les prêts de la BPI et les aides de la Région ?
Nous travaillons main dans la main avec ces acteurs. Nos fonds sont mobilisés aux côtés de la BPI, des banques mutualistes et actionnariales. L’idée est de construire un plan de financement cohérent, où chacun intervient dans son domaine. Nous, nous apportons des fonds propres qui vont sécuriser le bilan et permettre ensuite d’aller chercher de la dette bancaire dans de meilleures conditions.
Quels éléments peuvent conduire au rejet d’un dossier ?
Au-delà des critères financiers, ce qui peut être rédhibitoire, c’est une incapacité à démontrer que l’on peut mener à bien le projet ou un mauvais positionnement sur le marché.
Y a-t-il une forme de soutien particulière pour le CHR ?
Nous intervenons en capital et en obligations convertibles, en fonction des besoins et de la structure de l’opération. Il n’y a pas de formule type spécifique au CHR.
Le CHR fait face à une pénurie de main-d’œuvre. La stratégie RH est-elle prise en compte lors de l’analyse des dossiers ?
Nous accordons une importance croissante à la politique sociale et solidaire d’une entreprise. Nous regardons, notamment dans le CHR, comment l’entreprise attire, forme et fidélise ses équipes.
La trajectoire de décarbonation fait-elle partie de vos critères d’analyse ?
Les sujets environnementaux ne sont pas un frein, mais nous sommes de plus en plus regardants, en particulier sur les politiques de décarbonation. Nous ne sommes pas un fonds d’impact Article 9 au sens de la réglementation européenne « Sustainable Finance Disclosure Regulation »(SFDR), qui impose depuis 2021 une transparence des stratégies d’investissement durable. Un fonds d’impact Article 9 fournit des rapports détaillés sur l’impact ESG pour éclairer les investisseurs, mais nous ne sommes pas non plus systématiquement classés Article 8, qui intègre des critères environnementaux sans en faire un objectif principal.
Quels conseils donneriez-vous aux entreprises dans le CHR qui voudraient vous solliciter ?
Dans un secteur aussi concurrentiel et exigeant que le CHR, il n’y a pas de place pour l’à-peu-près. Il faut de la rigueur, de la créativité et beaucoup de passion. Et surtout, ce qui est important pour nous, c’est que les clients soient à notre écoute. Cette capacité à échanger, à partager les difficultés, c’est ce qui fait qu’un partenariat fonctionne sur la durée.

