Le marché de la bière est-il arrivé à saturation ? L’âge d’or de cette boisson populaire en Bretagne est révolu. Développement de microbrasseries, explosion du prix des matières premières et tendance du sans-alcool, les brasseurs bretons doivent faire face à de nombreux défis pour survivre.
Entre 2022 et 2024 les volumes des ventes de bière ont diminué de 7,5% en France. Un chiffre qui s’est stabilisé en 2025, pas de quoi rassurer les brasseurs. “On fait le même constat. Nos chiffres sont en baisse d’environ 10 % chaque année”, relève Cédric Cabioc’h, propriétaire de la brasserie d’Emeraude et Chat-Malo.
“Depuis la covid, la donne a changé”
Le marché de la bière florissant en Bretagne, avec plus de 250 brasseries artisanales, connaît un ralentissement prolongé. Les causes de ce coup de frein sont multiples. D’abord, la densité historique du secteur : » Près de 70 % des brasseries bretonnes ont été créées entre 2010 et 2016 « , rappelait Clément Droff, cofondateur du site « Bières Bretonnes », sur le site de l’Office de Tourisme de Rennes.
À cette saturation géographique s’ajoute l’envolée du prix des matières premières, telles que le malt et le houblon, mais aussi l’essor spectaculaire du sans alcool. Selon le syndicat des Brasseurs de France, les ventes de bières « 0 % » ont ainsi progressé de 11,5 % sur l’année 2025, modifiant profondément les habitudes de consommation.
« Avant la Covid, chaque brasseur avait son marché bien défini : les CHR (Cafés, Hôtels, Restaurants), les festivals, les cavistes ou les grandes surfaces, explique Cédric Cabioc’h. Depuis, la donne a changé, l’ouverture de nouvelles structures a poussé les acteurs à investir simultanément tous les canaux de distribution. »
Faire « re-mousser » le marché
Pour retrouver de la vitalité, les brasseurs activent de nouveaux leviers. Certains misent sur la croissance externe et la mutualisation. C’est le cas de Cédric Cabioc’h, déjà propriétaire de la Brasserie d’Émeraude à La Richardais (35) — laquelle commercialise une gamme 100 % artisanale en grande distribution. Il vient de franchir une nouvelle étape en rachetant une seconde structure : Chat-Malo.
Avec cette acquisition, l’entrepreneur vise une nouvelle cible. “L’objectif était d’avoir une marque spécialisée pour les CHR. Au vu de l’état du marché, nous étions obligés de mutualiser nos outils de production, l’embouteillage, l’étiquetage et la livraison”, confie-t-il.
Un mois seulement après la reprise de la brasserie malouine, les voyants sont au vert : 3 000 litres de bière ont déjà été produits. “On espère séduire une soixantaine de nouveaux clients en écoulant notre stock dans les deux prochains mois. Cela nous permettra de lancer la production de bières blondes et blanches”, conclut Cédric Cabioc’h.


